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L'entretien annuel que tu prépares la veille

Par Thomas Duval · 24 octobre 2026 · 7 min de lecture

Tu as plusieurs entretiens à mener dans les semaines qui viennent, et tu t'y mettras la veille. Tu le sais déjà.

Le problème n'est pas là. Le problème, c'est que ce que tu vas dire dans l'heure qui vient, la personne assise en face devrait déjà le savoir. Si elle le découvre ce jour-là, ce n'est pas ta préparation qui a raté. C'est l'année.

Voilà comment préparer un entretien honnête en 90 minutes, même si tu n'as pas écrit une ligne depuis janvier. Et ça commence par le piège dans lequel presque tout le monde tombe.

Préparer la veille, et le piège des trois derniers mois

Tu t'installes le dimanche soir, tu ouvres son dossier, et tu cherches. Qu'est-ce qu'il a fait cette année ?

Ce qui remonte, c'est le dernier trimestre. Celui d'avant un peu. Le reste a disparu.

Ce n'est pas un défaut de mémoire, c'est comme ça que fonctionne la mémoire de tout le monde. Sauf qu'en entretien annuel, ça produit un résultat très précis: tu évalues trois mois en croyant en évaluer douze.

Celui qui a porté un dossier difficile en février et qui a un peu lâché depuis l'été passe pour quelqu'un qui n'a rien fait. Celui qui a été invisible dix mois et brillant en septembre repart avec une bonne année. Et les deux le savent.

La seule règle qui compte

Si tu ne retiens qu'une phrase de cet article, prends celle-là.

Un bon entretien annuel ne contient aucune surprise.

Attention à ce que ça ne veut pas dire. Ça n'interdit pas de dire des choses dures, et certaines années tu devras. Ça interdit de les dire pour la première fois.

Une phrase importante qui sort ce jour-là et jamais avant n'est pas un constat d'évaluation. C'est une dette de management qui se présente au guichet, avec les intérêts.

Ce que « ah bon ? tu ne me l'avais jamais dit » veut dire

C'est la phrase qu'on entend dans tous les entretiens ratés, et elle vient toujours de la personne assise en face.

À cet instant, l'entretien est terminé. Pas parce que tu as mal formulé, pas parce que ta grille est mauvaise. Il est terminé parce qu'elle vient d'apprendre que tu pensais ça d'elle depuis des mois sans rien en dire.

À partir de cette seconde, elle n'écoute plus ce que tu racontes. Elle se demande ce que tu gardes encore pour toi.

Reconstruire une année en 90 minutes

La reconstruction d'une année en 90 minutes: 30 minutes pour la ligne du temps, 20 pour le tri, 20 pour les trois phrases, 20 pour les quatre questions

Quatre temps, une personne à la fois. Rien à inventer, tout à retrouver.

La ligne du temps, 30 minutes

Découpe l'année en quatre et cherche deux faits par trimestre. Huit au total.

Des faits, pas des impressions. Un fait a une date approximative et un contenu que l'autre pourrait confirmer. « Il est impliqué » ne compte pas, c'est une opinion. « Il a repris le dossier de Mélanie en mars quand elle est partie » compte.

Si tu n'arrives pas à huit faits sur quelqu'un, note-le quand même. C'est l'information la plus utile de ta préparation, et elle ne parle pas de lui.

Le tri, 20 minutes

Tes huit faits dans trois colonnes: ce qui a progressé, ce qui a stagné, ce qui a reculé.

Celle du milieu est la seule qui compte vraiment. Le progrès, on le dit volontiers. Le recul, on finit par le dire. La stagnation, personne ne la dit jamais, parce qu'elle n'est ni une bonne ni une mauvaise nouvelle. C'est pourtant là que s'enlisent les carrières.

Les trois phrases, 20 minutes

Une sur le travail de l'année. Une sur la trajectoire. Une sur ce qui doit changer.

Écris-les. À la main ou au clavier, peu importe, mais écris-les. Si tu n'arrives pas à les écrire, tu n'arriveras pas à les dire.

Et mets ta part dedans. Si tu as laissé filer un sujet toute l'année, dis-le avant de le reprocher: « les reportings, je les ai laissés passer, c'est ma part, et à partir de janvier je les regarde le 5 de chaque mois. » Dans un entretien où le manager ne porte rien, le collaborateur ne porte rien non plus.

Tes quatre questions, 20 minutes

Prépare quatre questions ouvertes, et décide de leur ordre maintenant, pas dans la pièce.

Elles passent avant tes trois phrases pendant l'entretien. Toujours avant. Si tu commences par ton bilan, tu obtiens une réaction à ton bilan. Si tu commences par ses réponses, tu obtiens des informations, et il t'arrivera de corriger ton bilan avant de l'avoir dit.

Celle qui rapporte le plus, de loin: « qu'est-ce que tu as fait cette année et que je n'ai pas vu ? »

Pour aller plus loin

La méthode complète, avec un exemple entièrement rempli du premier fait jusqu'aux quatre questions, et le carnet de douze lignes qui fait que tu n'auras plus jamais à reconstruire une année de mémoire.

Voir L'entretien individuel →

Deux situations qui font dérailler un entretien

Il attend une promotion que tu ne peux pas lui donner

Il est bon, il le sait, il attend depuis deux ans. Et tu n'as ni le poste, ni le budget, ni la décision.

Le réflexe, c'est de promettre du flou pour sortir du moment. « On y travaille. » « C'est dans les tuyaux. » Tu achètes six mois de paix et tu signes une déception plus grande, avec ta crédibilité dedans.

Ce qui marche: dis ce que tu sais, ce que tu ne sais pas, et ce que tu vas faire. « Je n'ai pas de poste à te proposer cette année et je ne sais pas si j'en aurai l'an prochain. Ce que je peux faire, c'est porter ton nom là où ça se décide et te dire exactement ce que j'en obtiens. Ce que je ne peux pas, c'est te garantir un calendrier. »

Puis propose ce qui est réellement dans ton pouvoir: un périmètre élargi, un sujet transverse, de la visibilité. Un non honnête avec une contrepartie réelle tient mieux qu'un oui vague.

Il répond « ça va » à tout

Tu poses des questions ouvertes, il répond en trois mots. Au bout de vingt minutes, tu parles seul.

Deux erreurs en miroir. Combler le silence, et tu finis par formuler ses réponses à sa place. Ou conclure qu'il n'a rien à dire, alors qu'il a presque toujours quelque chose à dire, mais pas dans ce format.

Change le calibre de la question. Une question large produit une réponse vide, une question étroite produit du concret. Pas « comment ça va ? » mais « cite-moi un moment du mois dernier où tu t'es dit que ça n'allait pas ».

Et accepte le silence. Compte jusqu'à dix avant de reprendre la parole. C'est très long à vivre, et c'est souvent vers la septième seconde que la vraie phrase arrive.

Entretien annuel ou entretien de parcours professionnel ?

Ce ne sont pas les mêmes, et la confusion est très répandue.

L'entretien annuel d'évaluation parle de ton travail et de tes résultats. L'entretien de parcours professionnel, qui a remplacé l'entretien professionnel fin 2025, parle de ton parcours, de tes compétences et de ta formation, et il est encadré par la loi avec ses propres règles.

Beaucoup de managers de terrain les mènent ensemble, par commodité et en toute bonne foi. Ce n'est pas ton arbitrage, et tu n'as pas à en porter seul les conséquences.

Avant ta campagne, demande à tes RH lequel des deux tu mènes, et avec quel support. Si la réponse est « les deux en même temps », demande-leur de te le confirmer par écrit.

Avant de sortir de la pièce

Une date.

Pas une intention, pas un « on se refait un point bientôt ». Une date dans l'agenda, devant lui, avant de vous lever.

C'est le geste le plus court de toute la méthode, et c'est celui qui décide si l'heure que vous venez de passer sert à quelque chose.

Questions fréquentes

Combien de temps faut-il pour préparer un entretien annuel ?

Compte 90 minutes par personne si tu n'as aucune note de l'année: 30 minutes pour retrouver huit faits, 20 pour les trier, 20 pour écrire tes trois phrases, 20 pour préparer tes questions. Avec un suivi régulier dans l'année, trente minutes suffisent.

Que faire si je n'ai rien noté toute l'année ?

C'est la situation de la plupart des managers de terrain, et elle se rattrape. La reconstruction en quatre temps existe exactement pour ça: elle t'oblige à couvrir les quatre trimestres au lieu de juger sur le dernier.

Peut-on annoncer une mauvaise nouvelle en entretien annuel ?

Oui, à condition que ce ne soit pas la première fois qu'elle est dite. Si la personne l'apprend ce jour-là, tu ne discutes plus d'un comportement, tu t'expliques sur ton silence. Dis-le avant, dans une conversation sans enjeu de notation.

Faut-il parler du salaire pendant l'entretien annuel ?

Dès que le chiffre entre dans la pièce, plus personne n'écoute le reste. Si ton organisation impose les deux dans la même heure, sépare-les franchement dans le temps et annonce la bascule à voix haute: « là on arrête de parler de l'année, on parle de ta rémunération. »

Et si je découvre en préparant que je n'ai rien à dire sur quelqu'un ?

C'est le signal le plus important de toute ta préparation, et il ne parle pas de lui. Il veut dire que tu ne l'as pas regardé travailler cette année. Ne le lui cache pas, et commence par lui ta nouvelle habitude de suivi.

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Thomas Duval

Vingt-cinq ans de management de terrain, appris sur le tas. « Ce que j'aurais aimé savoir avant, je l'ai appris après, et je le partage maintenant »

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